Equideos - Une journée avec Jean d'Orgeix: : Les non-dits...
Retour au box ! arrow A cheval arrow L'extension d'encolure 29-08-2008
 
     
 
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Une journée avec Jean d'Orgeix Version imprimable Suggérer par mail

Bon, alors ! Ca c'est d'une façon générale. Oui, autre chose que je voudrais vous dire, ou vous montrer. Le sentiment, c'est bien, mais il faut avoir les moyens de l'exprimer. Or, il est triste à dire que dans notre équitation, dans notre formation administrative, n'est-ce-pas, on ne fait pas exactement ce qu'il faudrait pour donner au cavalier ce que j'appelle leur liberté, leur possibilité d'expression, nous en parlions tout à l'heure, je ne sais plus avec qui, avec l'un de vous, j'écrit un livre qui va sortir dans quelques temps "Les non-dits de l'équitation".

C'est extraordinaire. Il y a plein de non-dits dans l'équitation en France. Ce que j'appelle des non-dits, c'est un fait, un fait indiscutable, qui est là ! Pas un mot ! pas un mot ! Alors évidemment, ça simplifie le problèmes puisqu'on n'en parle pas, seulement, ça ne le résoud pas.

Il y en a plein, je vous en prend par exemple un. Il y a une chose très importante en toute équitation, au moins l'équitation... ça joue moins sur une équitation de manège, bien entendu, beaucoup moins, encore que, un peu aussi, enfin moins fort qu'en équitation d'extérieur, en équitation sportive j'en parle pas.

Vous avez une distance qui varie en permanence. C'est la distance qui sépare notre épaule de la bouche du cheval. Je vais demander un allongement, le cheval va allonger son encolure, je vais l'ammener au ramener, bien il est revenu de ça en arrière. Si c'est un cheval qui est au rassembler, je n'en parle pas, il va revenir encore plus loins. Si je ploie mon encolure ici, mettons, et bien vous voyez la distance entre ma commissure droite de ses lèvres et mon épaule droite et entre la commissure gauche et mon épaule gauche. Il y a ça d'écart. Alors ! C'est un fait ça ! C'est un fait ça ! C'est une constatation !

Alors, qu'est ce qu'il faut faire ? On ne nous le dit pas, jamais ! On en parle pas. Or il ne peut y avoir que deux choses. Ou je veux rester en contact avec la bouche de mon cheval, il vaudrait mieux peut être. Donc, à ce moment là, si mes rênes, je les tiens, puis le pouce dessus pour pas que ça glisse, attention !, il faut bien que je déplace ma main dans tous les sens pour arriver à compenser la différence de distance, puisqu'il y a une différence de distance entre mon épaule et la bouche du cheval.

Ou alors, ou alors, je ne bouge pas mes mains. Et alors qu'est ce qui bouge tout le temps, c'est la longueur des rênes. On en parle jamais de ça. Jamais vous ne verrez un mot ! Ca va même plus loins, il n'y a pas, à ma connaissance, moi je ne connais pas un seul manuel d'instruction expliquant au cavalier comment on fait pour racourcir une rêne. Vous en connaissez un, vous, de manuel où on vous dit ça ? Moi j'en ai jamais vu. C'est extraordinaire !

Un jeune cavalier, il est jamais monté sur un cheval, on lui met des rênes. Bien c'est tout, lui dire comment il faut faire pour pouvoir raccourcir, rallonger... Ha, bien non, on les tiens bien les rênes ! On les tiens, le pouce dessus pour pas que ça glisse des mains. Fermer les doigts et allez y ! Hue cocotte ! Allez les enfants !

Or regardez ! Vous avez une chose, encore une fois, c'est des constatations. Tous, nous tous, tous les être humains, chaque fois que nous avons besoin de la précision de nos mains pour faire une chose précise. J'ai une aiguille et je vais mettre le fil dans le chat de l'aiguille ; j'ai un petit boulon qu'il faut que je visse, je veux peindre une petite miniature. Chaque fois que nous avons besoin de la précision, qu'est ce que nous faisons ? ça ! On va pas peindre la migature ici ! On va pas mettre le fil dans le chat de l'aiguille comme ça, c'est pas possible ! On fait ça ! Pourquoi ? Parce que nous sentons que là, nous sommes fixes. Nous avons cette espèce de fixité, cette précision. Si je dois écrire, je suis là et il y a une table qui est à cette hauteur là. Bien si je dois écrire, il faut que ma main soit sur le papier, bien entendu. Il est là. Et je vais écrire comme ça ? BIen non, je vais faire ça et maintenant je vais écrire. J'ai approché mon épaule. Autrement dit, tous les être humains, c'est instictif, chaque fois que nous avons besoin de la précision de nos mains, soit nous ramenons nos mains vers nos épaules, soit, si ma main doit travailler à un endroit, on avance l'épaule. Mais toujours, pour retrouver, c'est sensiblement, c'est pas à trois centimètres près, mais sensiblement ça. Voilà, l'hypothénuse d'un triangle rectangle dont l'angle droit est le coude, toujours. C'est le geste insctintif que nous faisons pour avoir la précision de nos mains.

Alors en équitation, c'est quand même la main qui fait la hiérarchie cavalière. C'est la main qui est la base de tout. C'est elle, et à tous les niveaux, même au plus haut. On a encore des différences, légères, mais c'est des différences de qualité de main qui font la hiérarchie là haut. A tous les nivaux. Bien, il semblerait que, si je travaille dans le volume, moi j'appelle ça un volume, c'est pas à un centimètre près, mais c'est pas un très grand volume. C'est un volume, disons, qui fait à peu près 2O cm de diamètre dans tous les sens, et en partant de... Pour en prendre le centre, je vais laisser tomber mon bras complètement, et je ploie à 90° mes coudes, voilà. On peut dire que ça, c'est sensiblement, le centre du volume. Alors je peux travailler là, je peux travailler là, je peux travailler là, voilà. Je peux travailler ici, voilà. Dans ce volume. Là, j'ai ma possibilité, mes épaules travaillent, je peux travailler par mes épaules, je peux travailler comme je veux. Si je sors tout d'un coup de mon volume, dans tous les sens, C'est fini. je peux avoir du génie, mais le génie il ne passera pas. Le génie, il passera à moitié ou au tiers.

Se donner les moyens d'expression. Alors ça, encore une fois, c'est un non-dit. On en parle pas. Parce que ça, alors là, évidemment, ça exige en permanence de varier les longueurs de rênes, en permanence. Alors, ce qui est un petit peu exaspérant, c'est, moi j'ai eu l'occasion plusieurs fois, notamment deux fois dans ma vie, de faire travailler, de mettre à cheval, des jeunes gens, garçons et filles, de 16-17 ans, qui n'étaient jamais, jamais, jamais montés sur un cheval, et de les faire travailler pendant un mois. Et puis de les présenter après. Alors ce qui est terrible, c'est que quand on prend quelqu'un qui n'est jamais monté sur un cheval et qu'on lui dit, par exemple, pour les rênes, tiens les comme ça, travaille comme ça, etc... bien en trois jours il vous le fait.

Seulement, évidemment, il y a des cavaliers... Les mauvaises habitudes se prennent vite, comme les bonnes d'ailleurs, c'est la même chose, pour les cavaliers, comme pour les chevaux. Alors évidemment, dire à un cavalier qui est habitué à tenir ses rênes, d'avoir les mains ouvertes, et de travailler comme ça, bien il a beaucoup de mal, bien entendu. Si il veut le faire, alors il faut beaucoup de volonté pour revenir en arrière sur des réflexes, des acquis de réflexes instinctifs. Alors là, ça vaut la peine, si on veut vraiment travailler l'équitation, ça vaut la peine, pendant 15 jours, 3 semaines, je vais m'axer là-dessus, parce que je peux pas le faire un petit peu et puis hop, passer à autre chose. Parce que sinon, on le fait un petit peu et puis tout d'un coup on oublie. Alors si on veux créer des réflexes, il faut vraiment se dire, je monte une heure à cheval, et pendant une heure, il faut que je pense, attention, attention à rester comme ceci, à travailler de telle manière. Alors après, en 15 jours, 3 semaines, 4 semaines maximum, les autres réflexes se font, sinon, on y arrive jamais.

Donc c'est ce travail. Alors je vais vous montrer par exemple, tiens, voilà mon cheval... Regardez ce que je vais vous montrer ! Tu est le cheval. Et c'est pas difficile ce que je vais vous faire. Ah bien sûr, on ne le fait pas du premier coup, ça c'est sûr, mais c'est pas difficile, il n'y a pas besoin de ... Voilà mon cheval, alors, imaginons, je l'ai allongé, je lui ai demandé d'allonger, j'ai laissé la rêne glisser. Parce que déjà, si j'allonge, admettons que je sois là, je vais l'allonger, mes jambes se serrent, allonge-toi, allonge-toi. Bien voilà. Top c'est arrêté. C'est tout, je vais pas avancer mes mains pour allonger. Je laisse glisser la rêne. Maintenant, il est là, voilà. Attention à ça, je joue avec sa bouche. Je suis poli, nous communiquons, si jamais, à un moment quelconque, j'arrêtais de jouer comme ça avec la bouche, à ce moment-là, tu fais comme une sirène, alerte ! je préfère la sirène. Ca je vais tout le temps faire ça. Et puis maintenant, mettons je vais allonger, et je vais lui demander de revenir. je le reprend, je vais lui demander par des actions, comme à un cheval qui est dressé, et puis, il va revenir ici, il va revenir au ramener. Donc sur mes demandes, et bien, tu avanceras, comme le ferait un cheval, à peu près à la vitesse d'un cheval qui fait ça, qui va revenir. Moi pendant ce temps là, je ferme les yeux, j'ai pas besoin de regarder. Voilà... J'arrête pas de travailler la bouche. Je n'arrête pas, hop j'allonge, top. Voilà, et maintenant, on revient... J'arrête pas de travailler. J'arrête pas, mais mes mains, elles ne bougent pas. Elles sont dans ce volume, je vais travailler dans ce volume. Voilà, là je peux travailler comme je veux. j'ai la possibilité de travailler absolument comme je veux en permanence. Or c'est rien du tout ça ! Ca c'est rien du tout à faire, bon dieu ! N'importe qui peut le faire si on le travaillait. Si on le travaillait et si on l'apprenait. Mais malheuresement, on ne l'apprend pas, alors bien sûr, on ne le travaille pas.

Moi je vous le conseille, je vous conseille... Faites vous cette habitue, voilà, je suis là, et en permanence, j'ai les yeux fermés, c'est pas ... du moment que la rêne se détend, avance de quelques centimètres de trop, avance vers moi de 2-3 centimètres, voilà. C'est instincitif, du moment que je sens la rêne qui se détend, hop et bien je la reprend, automatiquement, il n'y a même pas à réfléchir, c'est instinctif ça. Moyennant quoi, et bien, vous avez cette possibilité de travailler toujours à l'endroit où on est souple, où on peut travailler. Comment voulez-vous travailler quand on commence à faire ça, à faire ça. C'est impossible. C'est impossible de tenir les rênes et ne pas vouloir, je vous dis, il y a en équitation de manège, de dressage disons, les mouvements sont...encore que ça joue, m'enfin, puisque c'est le seul qui l'a dit, attention, C'est curieux ça, c'est la seule fois que je l'ai lu ça. Le général de Carpentery, quand même, l'équitation académique, et qui a écrit, il a dit "si le cheval cède dans sa bouche, en cédant dans sa bouche, il recule donc sa bouche en cédant sur une action de rêne, il recule donc sa bouche de quelques centimètres vers vous. Il faut, à ce moment-là, immédiatement, raccourcir les rênes en conséquence". C'est le seul écrit que j'ai trouvé, par hasard. Du général de Carpentry, disant, lui, et bien si le cheval fait ça, on ne recule pas les mains, on raccourcit les rênes, bien entendu.

Moi, vraiment, je ne vois pas la possibilité, je ne me vois pas faire le tour d'un manège ou d'une carrière, un tour, un seul tour, au petit trot mettons, je ne me vois pas pouvoir faire ce tour, sans, si j'enregistrait avec un petit computer les variations de longueur de rênes, sans avoir au moins, au moins entre 15 à 25 variations de longueurs de rênes. Entre 15 à 25 pour faire un tour, sans arrêt, sans arrêt. Je fais ça, le cheval fait ça, moi je raccourcis, de 2 cm, 3 cm, tout le temps, je veux tourner, il faut bien que je fasse ça pour raccourcir ici, laisser glisser celle là, faire ceci pour ployer l'encolure, hop, je vais reprendre par ici, sans arrêt. Sans arrêt, je varrie les longueurs, et alors à ce moment-là, on est tout le temps en contact, on garde le même contact, la même communication, on travaille avec la bouche du cheval.



Dernière mise à jour : ( 17-07-2006 )
 
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